Pas tant que ça, regardez :
Un journal de petites annonces attends.
Il est dans une boite. Il attends.
Il est perçu par les sens d’un humain ! Vous venez de le regarder.
Vos yeux le parcourent pour l’identifier, vos doigts le touchent.
Quel va être le verdict ? Il se demande « Est-ce mon heure ?» .
Cette perception va-t’elle remporter votre adhésion ?
Allez-vous jeter ce journal avec la pile de publicités, située juste
en-dessous de votre boite ?
Ce journal a encore une chance… cherchez-vous à déménager
en ce moment ? Non.
Peut-être une voiture, un emploi, un chien, … Non.
Ce journal est condamné.
Ah ?
Non, peut-être pas. Votre oeuil accroche sur quelque chose.
Juste au moment où vous alliez lâcher ce journal pour toujours,
vous aperçevez quelque chose qui vous fait changer d’avis.
Une image vous a attiré. Une jolie femme, sur le bord d’une
piscine…
Vous rêvez quelques instants… une piscine… une jolie femme…
Non, vous n’avez décidement pas de temps à perdre avec des
rêveries.
Ce matin là, dans toutes les boites aux lettres du quartier, cette
histoire s’est reproduite. Un exemplaire de ce journal a été
trouvé dans chaque boite. Et chaque exemplaire a subi
une première épreuve. Cette épreuve qui signifie une possibilité
de mise à mort immédiate.
Oui, et en quoi est-ce mémétique tout cela, me direz-vous ?
Il n’y a rien de mémétique ici. C’est une situation ordinaire dans
la vie d’une homme sur Terre. La mémétique n’est pas dans
l’évenement, la mémétique est dans l’observation, l’interprétation
de cet évenement.
Voilà ce que j’observe :
Toutes les semaines, le même jour, des tas de bébés journaux
arrivent dans nos boites à lettres. Ils sont à ce moment là, abandonnés,
dans le grand extérieur. Si personne ne les trouve, ils vont mourrir.
Si on les perçoit, ils ont alors une chance de se reproduire.
« STOP ! Les journaux ne se reproduisent pas ! C’est plutôt les hommes
qui les produisent» , me glisse-t’on en coulisse.
Oui, mais dans les coulisses, ils ont oublié de chausser leurs lunettes
de méméticiens. Ces lunettes, nous permetent d’accepter de
voir des solutions culturelles, comme des créatures mémétiques.
Comme des êtres vivants, elles doivent s’alimenter, se reproduire,
pour survivre. Continuons, si vous le voulez bien.
Comment un journal de petites annonces se reproduit-il ?
Là encore, la formulation peut choquer, ou au moins surprendre.
Je vais donc reformuler, pour relier à ce que vous connaissez.
Quels sont les éléments qui font que l’évenement
« production de ce journal, pour l’édition suivante» se re-produise ?
(se produise à nouveau).
Je vous laisse réfléchir sur le sujet…

#1 par Zoltar - 3 décembre 2005 à 18:05
Il y a de l’information et des codes dans TOUT Charles !
Mais, une nouvelle fois, je dois faire intervenir mon petit bonhomme qui s’appelle « Libre-Arbitre» .
- Il peut écrire sur ma boîte à lettres : « Publicité interdite» . C’est radical !
- Il peut mettre derrière la fente de ma BAL (c’est mon cas réel) un trash en rotin et il ne me reste plus qu’à extraire le courrier normal (lettres classiques, impôts, factures et revues en gros) le reste va directement dans le container à papiers qui est sur la place juste devant chez moi.
- Il peut m’inciter à regarder une pub en effet s’il a détecté une anomalie. La jolie femme ? Tu exagères Charles ! J’ai 62 ans… Je regarderais plus volontiers les monuments funéraires ou les urnes pour y déposer mes cendres avant que…
(La posture mémétique dépend avant tout de l’état de formatage des supports neuronaux qui sont censés accueillir le mème en question : l’état du terrain où semer.)
Alors, si j’ai aperçu malgré tout l’urne funéraire de mes rêves, sur une page déployée subrepticement devant mes yeux, est-ce à dire que ce doux moment de projection vers un futur très probable se sera reproduit de nombreuse fois dans la journée ?
Je réponds sans détours à ta question Charles :
Ce qui fait – éventuellement – que le journal qui a diffusé ce mème va le reproduire la semaine suivante et ainsi de suite, c’est que :
- Toutes les semaines des gens meurent
- Toutes les semaines la maison qui produit ces urnes en étain veut en vendre à des personnes qui seront passées par la crémation
- Toutes les semaines, la direction du journal de pubs veut emplir ses colonnes d’annonces pour augmenter son CA hebdomadaire.
- Toutes les semaines, les préposés qui déposent ces journaux dans les BAL reçoivent une gratification pour ce faire et ne le font que pour cette raison.
- Toutes les semaines, il y a des gens qui ouvrent les pages de ces pubs par simple curiosité et certains (un tout petit pourcentage) mettent en adéquation la proposition du fabricant d’urnes funéraires et leur besoin de s’en procurer une.
Le mème « je vends une urne» n’a de débouché que s’il rencontre un autre mème « je veux acheter une urne» .
C’est une sorte de PACS !
Je me répète c’est l’état de réceptivité de l’équipement neuronal du futur éventuel hébergeur qui fait qu’un mème donné aura son succès ou pas. Bien sûr, il peut y avoir des péripéties pour que le mème ne parvienne pas à un hôte pote en ciel (enfin, pas encore !) (°!*) mais dans l’ensemble seuls les terrains fertiles seront – éventuellement – ensemencés. Les autres s’en foutent ou sont infertiles voire rebelles !
J’ajoute pour être complet que s’il y a un tremblement de terre, un tsunami ou une terrible épidémie de grippe aviaire bien mutée versus influenza humanus maximus, le mème vendre des urnes funéraires se répliquera d’autant mieux, même sans les moyens informatifs de ton journal publicitaire.
Si tu ne me crois pas tu meurs.
Si tu me crois tu meurs quand même, alors « fais ce que voudras» comme à l’abbaye de Thélème.